1a-la divine tragédie (histoire Québec)

Publi le mardi 6 novembre 2007

marcopolo : Le Purgatoire

 

La Comédie Humaine
Le purgatoire ou la Comédie Humaine.

Le Purgatoire


Chronique licensieuse à lire sous ls surveillance de ton ange-gardien.


Chant I
Chant II
Chant III
Chant IV
Chant V
Chant VI
Chant VII
Chant VIII
Chant IX
Chant X
Chant XI
Chant XII
Chant XIII
Chant XIV
Chant XV
Chant XVI
Chant XVII
Chant XVIII
Chant XIX
Chant XX
Chant XXI
Chant XXII
Chant XXIII
Chant XXIV
Chant XXV
Chant XXVI
Chant XXVII
Chant XXVIII
Chant XXIX
Chant XXX
Chant XXXI
Chant XXXII
Chant XXXIII

Le vieillard gardien de la porte du Purgatoire. (Je suis venu par la volonté d'une Dame du Ciel.)
La naissance des âmes. (Nous quittons la servitude de la corruption humaine.)
Ceux qui s'arrogent le métier de Dieu. (Pourquoi vous faut-il, mortels, réinventer la Vie?)
Jean-Baptiste, le paresseux. (Pourquoi penser si notre Mère l'État fait tout et pense à ma place?)
Ô toi qui viens du Ciel! Pourquoi me voles-tu ce fils d'Allah? (Seuls les imbéciles acceptent de mourir pour une cause.)
Le déclin de l'Empire qui se croyait américain. (Envoie-nous Jésus de Montréal, ton fils crucifié sur le mont Royal.)
Les Princesses de la vallée fleurie. (Salve Regina.)
Les protectrices de la vallée perdue. (Faites que les tentations de la nuit ne viennent point violer nos corps.)
De l'Antipurgatoire au Purgatoire. (Te Deum Laudamus.)
Ecce Amor Dei. (Parce qu'appuyée sur lui et déjà conquise était la Vierge.)
Pater Noster, notre Père qui êtes aux Cieux. (J'imaginais que mon beau prince était Dieu lui-même.)
Beati pauperes spiritu. (Quitte cette âme et avance, tu dois toi-même porter ta barque.)
J'aime celui qui me ferait du mal. (J'crie à God: Tiens! j' te crains pus.)
Quiconque me rencontre doit me tuer. (Là où habite encore Caïen.)
Beati Misericordes. (Pardonnez-leur mon divin amant car ils ne savent ce qu'ils font.)
Le pouvoir despotique du cléricalisme séculaire. (Les lois existent, mais qui s'inquiète de les faire respecter?)
Beati Pacifici, et vas sans colère contre moi. (Tu ne pourras te tromper si ton amour est instinctif.)
Le libre arbitre. (Tout ce que tu devrais connaître de l'Amour.)
Je suis la douce nymphe Calypso. (Les ombres de Dom Juan et de Marco Polo.)
Les secousses de la Montagne Tremblante. (L'Opium du Peuple.)
Dante, le poète Florentin et la Divine Comédie. (Mes frères soyez en paix.)
Toi qui le premier après Satan m'a éclairé. (Les fleurs du Mal.)
Les cent jours de Sodome. (Donatien Alphonse François marquis de Sade.)
Dames qui avez l'intelligence de l'amour. (Sa beauté triomphe désormais dans le haut Olympe.)
Pourquoi enfanter là ou l'on a plus besoin d'engendrer. (L'âme est autre chose qu'un génome humain.)
Sodomme et Gomorrhe. (Vois cet autre qui ne parait pas porter un corps factice.)
Le goût des plaisirs éternels. (Venez au séjour de Mon Père, et toi Marco, soit reçu tel un Amant!)
Oh! belle Dame dont je ne connais pas le nom. (Le Parnasse dans tes rêves, est ici le Paradis Terrestre.)
La procession mystique. (Carmina Burana.)
L'apparition de Jeanne au Paradis Terrestre. (Ne pleure pas Marco Mon Amant.)
Les beaux yeux de Jeanne la Pucelle. (Asperges me.)
Adam, pourquoi avoir trahi? (Tu seras avec moi, citoyen de ce Lupanar céleste.)
Les prières de la Dame aux camélias. (Le déclin du Jardin d'Éden.)




RETOUR À LA PORTE D'ENTRÉE DE LA COMÉDIE HUMAINE


Envoyez une envoyez une carte postale à x@hotmail.com Carte Postale


le 2007-11-06 10:36:27 | Permalien | Ajouter un commentaire | Purgatoire



marcopolo : Chant XXXIII du Purgatoire

Chant XXXIII du Purgatoire
image Luis Rojo

Les prières de la Dame aux camélias.
Le déclin du Jardin d'Éden.


'Deus, venerunt gentes', alternando or tre or quattro dolce salmodia, le donne incominciaro, e lagrimando;

e Beatrice sospirosa e pia, quelle ascoltava sì fatta, che poco più a la croce si cambiò Maria.

Ma poi che l'altre vergini dier loco a lei di dir, levata dritta in pè, rispuose, colorata come foco:

'Modicum, et non videbitis me; et iterum sorelle mie dilette, modicum, et vos videbitis me'.


RETOUR À LA PORTE DU PURGATOIRE


"O Dieu!" "Odieux sont les hommes d'avoir profané ton temple et de vouloir ainsi s'arroger le métier de Dieu!" Ainsi chantèrent en pleurant les Apsaras, et Jeanne les écoutait aussi triste et défaite qu'était Marie au pied de la croix. Mais, après que ces vierges se furent tues pour la laisser parler, elle se leva et, debout, le visage enflammé, elle répondit ainsi à ses soeurs bien-aimées: "Modicum et non videbitis me; et iterum, modicum et vos videbitis me." Elle les fit aller au-devant d'elle et, d'un signe, nous signifia de la suivre, moi, la belle Dame et Dante qui était toujours là. Ainsi s'en allait-elle et, après avoir fait dix pas, elle s'arrêta, dirigea ses yeux vers moi et elle me dit: "Viens plus près, pour que si j'ai à te parler, tu sois en bonne place pour m'entendre. Je veux que tu te dépouilles de tes rêves et que tu me parles tel qu'à une femme, qui est, qui vit, qui respire et qui soupire de toi, toi Marco, qui ne le mérites guère. Prends note de mes paroles et redis-les aux mortels qui courent à leur mort en voulant modifier la vie. Décris comment tu as vu le saccage de l'arbre, la souillure dans l'atmosphère qui soutient la vie et le déclin de ce Jardin d'Éden qui les supportait. Dis-leur le destin de ceux qui croquèrent du Fruit défendu en pensant s'arroger le métier de Dieu. Mais puisque je vois que ton intelligence est endurcie et obscurcie, au point que mes paroles s'envolent, je veux aussi que tu portes, en pèlerin fidèle, les images sinon mes paroles, aux simples mortels. Si tu ne peux te souvenir de t'être éloigné de moi et que ta conscience ne t'en fait point le reproche, rappelle-toi au moins que tu viens de boire l'eau du Léthé, et que cet oubli démontre que ton désir était coupable d'avoir porté ailleurs tes sentiments. Mais désormais, mes paroles seront sans voile, autant que nécessaire pour être comprises de ton esprit grossier." Lorsque s'arrêtèrent les sept Déesses aux confins d'une ombre qui voilait la forêt, il me sembla voir devant elles, deux sources sortir d'un même fleuve, pareilles à deux amantes se séparant à regret. "O lumière et gloire du genre humain, quelle est cette eau qui coule ici d'une source unique, et qui se sépare d'elle-même?" À cette prière il me fut répondu: "Prie la Dame aux camélias qui t'a guidé jusqu'ici, elle se fera plaisir en te le disant." Et, comme pour se laver d'un reproche, la Belle Dame répliqua: "Je le lui ai dit, cela, et bien d'autres choses aussi; et je suis sûre que ce n'est pas l'eau du Léthé qui le lui a fait oublier." Et Jeanne ajouta: "Peut-être un souci plus grave a-t-il obscurci les yeux de son esprit, mais va à l'Eunoé qui coule là-bas; conduis-le à ses eaux et comme il t'est coutume de le faire, ravive sa mémoire défaillante." Et comme un noble coeur, ne cherchant point d'excuses mais de la volonté d'autrui, fait la sienne propre, ainsi après avoir pris ma main, la Dame aux camélias s'approcha de la source et s'étendit dans l'eau jusqu'à ce que l'eau s'infiltre dans les replis de son beau corps dénudé. Et, avec une gentillesse toute féminine, elle me tira vers elle en me disant: "Viens, étends-toi et goûte à cette potion qui gît là, enfouie dans les profondeurs de ma vulve." S'il me restait, lecteur, plus d'espace pour écrire, je célébrerais au moins imparfaitement, le doux breuvage dont jamais je ne me serais rassasié; de cette eau très sainte, je m'en revins régénéré, comme de jeunes plants que renouvelle un nouveau filliage, pur et prêt à monter sur d'autres étoiles et à goûter à autant d'autres nectars enfouis au plus profond des gouffres du désir.



Marco Polo ou le voyage imaginaire (La tragédie humaine, janvier 2000) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
Theme musical: Petite Suite: en bateau de Debussy, emprunté aux Classical Midi Archives.
Important Notice: any photos or fragments of photos subject to copyright will be removed on notice.


RETOUR SUR TERRE


le 2007-11-06 10:34:38 | Permalien | Ajouter un commentaire | Purgatoire



marcopolo : Chant XXXII du Purgatoire

Chant XXXII du Purgatoire
image Bouguereau

Adam, pourquoi avoir trahi?
Tu seras avec moi, citoyen de ce Lupanar céleste.


Tant'eran li occhi miei fissi e attenti a disbramarsi la decenne sete, che li altri sensi m'eran tutti spenti.

Ed essi quinci e quindi avien parete di non caler - così lo santo riso a sé traéli con l'antica rete! -;

quando per forza mi fu vòlto il viso ver' la sinistra mia da quelle dee, perch'io udi' da loro un «Troppo fiso!»;

e la disposizion ch'a veder èe ne li occhi pur testé dal sol percossi, sanza la vista alquanto esser mi fée.


RETOUR À LA PORTE DU PURGATOIRE


Depuis tout ce temps que mes yeux n'avaient vu le divin sourire de Jeanne, je la fixais tel que mes autres sens étaient engourdis. À la regarder, je fus ébloui, comme lorsque l'on fixe trop longtemps le soleil, ce qui me priva temporairement de la vue. C'est alors que mes sens furent déjoués par ces déesses, elles me disaient: "Ne fixe point Jeanne ainsi, il y a tant à voir tout autour." Puis, mes yeux se sont habitués à la faible lumière, et ainsi, je vis l'armée glorieuse tourner sur sa droite et se diriger vers le soleil et les sept flammes qui flamboyaient. Tel un bataillon qui change de direction, la milice céleste tourna tout entière; puis les dames revinrent vers le Griffon qui reprit alors sa marche, sans que l'on voie ses plumes s'agiter. Dante, la belle Dame et moi suivirent en longeant tout à côté de la roue du char, et au moment où nous traversions la forêt dépouillée, parce qu'Ève avait voulu y goûter au fruit de la Connaissance, un concert angélique se fit entendre. Jeanne apparut alors, aussi vite que fait une flèche tirée de l'arbalète, j'entendais en même temps tous les autres murmurer à l'unisson: "Adam, pourquoi avoir trahi?" Et ils entourèrent l'arbre aux branches dépouillées de ses feuilles. "Bénis sois-tu, Griffon, qui redonne à l'arbre son goût d'antan", criaient les autres. "Il le faut ainsi pour préserver les fondements de la Justice." chantait de son côté l'Animal en attachant le char à une branche. La plante prit alors la couleur du sang du Christ, renouvelant ainsi son feuillage, et l'hymne qu'alors j'entendis, je ne le compris point, et je ne pus le supporter jusqu'à la fin. Je ne saurais dire comment je m'étais endormi, mais subitement, je fus réveillé par un cri d'un grand éclat: "Debout! que fais-tu?" Ainsi, je revins à moi et je vis, debout près de moi, la Belle Dame charitable qui avait conduit mes pas le long du fleuve; et tout troublé, je demandai: "Où est Jeanne?" Elle me répondit: "Elle est là sous le nouveau feuillage; vois cette compagnie qui l'entoure; les autres, à la suite du Griffon, remontent vers le ciel avec un chant plus doux et plus profond." J'avais devant les yeux Celle qui m'avait arraché à tout autre souci. Elle était seule, assise à même le sol, comme laissée là à la garde du char que j'avais vu attacher la Bête aux deux formes. Les sept Apsaras, en cercle, lui faisaient comme un cloître, tenant en main ces flambeaux qui ne craignent ni l'obscurité ni les vents. "Tu habiteras peu de temps ici, dans cette forêt; et avec moi, tu seras pour un temps citoyen de ce Lupanar céleste. Aussi, pour en faire profiter ceux qui pèchent, fixe maintenant tes yeux sur le char et fait ce qu'il faut pour raconter ce que tu vas voir, quand tu seras de retour sur terre." Jeanne parla ainsi et moi, qui recevais ses ordres, dévoué, je dirigeai mes regards et mon esprit là où elle le voulait. Jamais nuage ne produit tant de foudre et de pluie, à briser l'écorce et à déchirer les arbres, et frapper le char qui fléchit comme un navire en détresse. Puis, je vis s'élancer dans le char une louve en délire, jouant de ses charmes, que ma dame mit en fuite aussitôt. Ensuite, je vis une sorcière ailée foncer des nuages sur le char et le laisser couvert de ses charmes. Puis, je vis sortir d'entre les roues du char, un dragon qui enfonça sa queue dressée et, en pleine érection dans le char, il l'arrosa de son sperme. Ainsi transformé et désacralisé, le saint reliquaire se couvrit en ses angles, de bêtes à cornes et crachant le feu, tel que jamais on ne vit pareils monstres. Sure d'elle-même, comme une forteresse, m'apparut, siégeant bien haut sur le char, une putain toute nue, jouant des yeux autour d'elle. Debout près d'elle, se tenait un géant qui veillait à ce qu'on ne la lui enlevât point; à plusieurs reprises ils forniquèrent l'un dans l'autre. Mais parce qu'elle tourna vers moi ses yeux cupides et inconstants, cet amant féroce la flagella des pieds à la tête; puis, plein de jalousie et fou de colère, il détacha le monstre et le traîna si loin dans la forêt, que je finis par ne plus voir ni de la putain ni du monstre.



Marco Polo ou le voyage imaginaire (La tragédie humaine, janvier 2000) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
Theme musical: musique d'atmosphère (inner fury), empruntée aux Archives du Web.
Important Notice: any photos or fragments of photos subject to copyright will be removed on notice.


CHANT XXXIII DU PURGATOIRE


Site Meter

le 2007-11-06 10:33:53 | Permalien | Ajouter un commentaire | Purgatoire



marcopolo : Chant XXXI du Purgatoire

Chant XXXI du Purgatoire
image Lesner

Les beaux yeux de Jeanne la Pucelle.
Asperges me.


«O tu che se' di là dal fiume sacro», volgendo suo parlare a me per punta, che pur per taglio m'era paruto acro, ricominciò, seguendo sanza cunta, «dì, dì se questo è vero: a tanta accusa tua confession conviene esser congiunta». Era la mia virtù tanto confusa, che la voce si mosse, e pria si spense che da li organi suoi fosse dischiusa. Poco sofferse; poi disse: «Che pense? Rispondi a me; ché le memorie triste in te non sono ancor da l'acqua offense».


RETOUR À LA PORTE DU PURGATOIRE


"Ô toi, qui te tiens au-delà du fleuve sacré, dis-moi si cela est vrai, dis-le moi pour que ton aveu s'ajoute à de si graves accusations!" J'étais troublé et ne pouvais rien dire. "À quoi penses-tu, vilain Marco? Réponds-moi, car le souvenir de tes fautes n'a pas encore été effacé par cette eau." Confus, je confirmai ses dires d'une voix à peine audible, je succombai sous ma peine et je fondis en larmes. Alors elle me dit: "Au milieu des désirs que je suscitais en toi qui te poussaient vers le Bien, au-delà duquel il n'est rien d'autre à espérer, quels fossés sur ta route et quelles tentations t'ont contraint à abandonner l'espoir d'aller plus loin? Quels attraits et quels avantages avaient ces autres dames, pour que tu les courtises plus que Moi et que tu me sois Infidèle?" Je poussai un soupir amer et je dis avec effort: "Dès que votre visage me fut voilé, les faux plaisirs des choses présentes détournèrent mes pas aussitôt." Elle répondit: "Dieu qui est Juge connaîtrait ta faute, alors même que tu la tairais ou que tu nierais ce que tu avoues! Mais, à la rougeur de tes joues, je sais que tu as péché. Toutefois, pour que tu aies honte de ton erreur, et pour que tu sois plus fort une autre fois, devant le chant des sirènes, sèche tes pleurs et écoute ceci: Tu apprendras comment ma chair ensevelie devait te conduire dans une voie opposée. Jamais l'art ou la nature ne te présentèrent autant de beauté, que le beau corps où je fus enfermée, et qui est retourné en poussière; et si ce plaisir souverain te fut ainsi enlevé par ma mort, quelle chose mortelle devais-tu donc encore désirer? Tu devais au contraire, puisque tu avais fais ainsi une première expérience des choses trompeuses, t'élever jusqu'à moi qui n'étais plus telle. Tu ne devais pas pointer ton phallus vers la terre, pour atteindre d'autres corps, des femmes légères, une belle adolescente, des étrangères exotiques, ou quelque autre vanité passagère. On peut leurrer quiconque n'a pas le bien pour soi, mais Moi, mon cher Marco, ne suis-je pas là, comme si j'étais ta Mère?" Et je me tenais la tête baissée, muet, honteux et repentant, et alors elle dit: "Allons! puisque tu es repentant, lève les yeux vers moi pour que tu ressentes encore plus de douleur en me regardant." Lorsque je levai les yeux, je vis Jeanne, le visage tourné vers la Bête à double nature. Sous son voile, je pouvais voir qu'elle était plus belle encore comme elle éclipsait sur Terre, la beauté des autres femelles. Alors, le repentir me rendit odieux les plaisirs qui m'avaient détourné de mon amour. Un tel remords me déchira le coeur et je m'évanouis. Lorsque je repris conscience, la Belle Dame qui m'avait accompagné, volait au-dessus de moi, légère comme une nymphe, elle voguait au-dessus des flots et elle retenait mon corps plongé dans les eaux du fleuve. Quand je fus sur la rive bienheureuse, je l'entendis chanter: "Asperges me", avec tant de suavité que je n'ose tout décrire de l'effet sur mon corps charnel, de ces simples mots et de ce qui s'ensuivit. La belle dame ouvrit les bras, elle m'attira contre Elle et je m'immergeai en Elle. Puis elle me fit sortir du fleuve et elle me conduisit ainsi, mouillé et nu, autour des sept belles âmes qui dansaient, qui m'entourèrent de leurs bras, qui m'embrassèrent et me dirent en choeur: "Ici nous sommes des Apsaras et, avant que Jeanne ne descendît sur terre, nous fûmes prédestinées à la servir. Nous te ferons découvrir ses yeux et te rendrons capable de pénétrer leur doux éclat." Puis elles commencèrent à chanter et m'emmenèrent face au Griffon où se tenait Jeanne tournée vers nous: "N'épargne pas tes regards, car nous t'avons conduit devant l'émeraude qui fut jadis ensorcelée d'Amour de l'une de tes flèches." Mille désirs me brûlaient alors que mes yeux fixaient les yeux de Jeanne, et qu'elle ne quittait point le Griffon des yeux. La double Bête reflétait ses deux natures tel que dans un miroir, mon âme en était de stupeur et de joie; ne t'étonne point lecteur de mon émerveillement, quand je la voyais amovible en elle-même et transformée en son image. Je goûtais cette nourriture qui altère et nourrit en même temps. Les trois nymphes avançaient, en réglant leur danse sur le chant angélique. Pendant ce temps, elles disaient: "Tourne Jeanne, tourne tes yeux vers celui qui t'est fidèle qui, pour te voir, a fait un si long voyage. De grâce, fais-nous la grâce de dévoiler ta bouche, pour qu'il puisse y déposer ses lèvres et révéler ainsi, l'autre beauté que tu caches." "Comment te décrire, comment te peindre, Jeanne, ma tendre Pucelle, telle que tu m'apparus, lorsque dans la pleine lumière tu écartas ton voile et que je déposai sur tes lèvres, ce chaud baiser?"



Marco Polo ou le voyage imaginaire (La tragédie humaine, janvier 2000) © 1999 Jean-Pierre Lapointe
Theme musical: dans de Charles Semowich, emprunté aux Classical Midi Archives.
Important Notice: any photos or fragments of photos subject to copyright will be removed on notice.


CHANT XXXII DU PURGATOIRE


le 2007-11-06 10:32:54 | Permalien | Ajouter un commentaire | Purgatoire